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28/01/2010

flamand & français

La poésie est une respiration. Je n’ai pas dit une pause. Encore moins une pose – la poésie est sans affectation. Sur la page, le poème prend la place qu’il veut, il l’occupe comme lui seul peut le dire. Il ouvre un autre temps, il ne suit pas l’actualité. L’éternité ? Peut-être. 

Chat au jardin.JPG

 

Francis Dannemark a publié en 2005, « comme une boîte de chocolats, sans explication ni mode d’emploi », un recueil de poèmes belges sous le beau titre 
Ici on parle flamand & français : « J’ai voulu rassembler ici un petit nombre de poèmes (et quelques aphorismes) parmi tous ceux qui ont été composés depuis un siècle dans le pays où je suis né et où je vis encore aujourd’hui. C’est un petit pays à la frontière de deux mondes (on dit deux pour faire simple, en réalité ils sont bien plus nombreux) et l’on y parle principalement le flamand et le français. » Dans une même anthologie en langue française se côtoient deux univers linguistiques, par la grâce de la traduction et de l’esperluette.

 

Des poètes connus, méconnus. J’y ai glissé tant de signets qu’il m’est difficile de choisir. En citer plusieurs ? C’est tentant, mais non. J'écarte aujourd’hui les plus joyeux, les plus tristes. A chacun sa page, son heure, son jour – ou sa nuit. Place à Leonard Nolens (un Anversois né en 1947), traduit par Marnix Vincent.

 

Vermoeidheid / Lassitude

 

Quand nous, les grandes personnes, sommes las

De causer les uns avec les autres,

Quand nous sommes las de dormir

Les uns avec les autres, de nous promener

Et de commercer les uns avec les autres,

De dîner et de guerroyer

 

Les uns avec les autres, quand nous sommes si las

Les uns des autres, de toute cette réciproquerie

Des uns et des autres, alors nous posons le chat

Sur notre épaule, entrons dans le jardin

Et cherchons les voix enfantines derrière

Les hautes haies et dans la cabane de l’arbre.

 

Et silencieux, nous couchons notre lassitude

Dans l’herbe, et les années qui, lourdes

Et sombres, dormaient dans l’ourlet

De notre manteau se dénudent là-haut

Dans un gosier de gamin et dansent en

Sautillant dans une bouche humide de fillette.

 

Quand nous, les grandes personnes, sommes las

De causer,

De causer,

De causer les uns avec les autres,

Nous entrons dans le jardin et nous nous passons sous silence

Dans le chat, dans l’herbe, dans l’enfant.

 

 (Laat alle deuren op een kier / Laissez toutes les portes entrouvertes, 2004) 

Commentaires

Un voyage poétique avec des chats, des enfants et des cabanes dans les arbres c'est déjà comme vous le dites bien Tania, une respiration
Il y a des mots dans une langue avec lesquels on aime jouer, se les répéter à voix haute, les écrire, pour moi il y a "tintinnabuler" ET "esperluette" qui m'a plu avant même d'en connaître le sens

Ecrit par : Dominique | 28/01/2010

La poésie est une respiration!
J'adhère tout à fait à cette définition!

Ecrit par : mango | 28/01/2010

- "Il faut passer sa vie à la recherche entêtée de ce qui ne déshonore pas la poésie."
Eluard

Ecrit par : JEA | 28/01/2010

Tout à fait ! Une respiration !
Bien que dans l'apnée siège les vents rêvés...

Très bonne note.
Haddon.

Ecrit par : Haddon | 28/01/2010

Ces années qui dormaient dans l'ourlet de nos manteaux, silencieuses...
"Maar wie dan ook, kom, het ben ik
Aan de rand van de stad, in de langzame
Bocht van een straat in december
Verdwaald. Jij bent mijn adres." Superbe!
Un beso, amiga.

Ecrit par : colo | 28/01/2010

dac avec JEA/JEA et Paul !

Ecrit par : Cactus | 28/01/2010

Très beau et nostalgique poème : «quand on est las les uns des autres » et qu’on s’échappe dans le jardin avec son chat, miroir affectif, retrouver les enfants dans un retour à la simplicité, à l’innocence …

Comme Colo j’aime aussi les années qui dorment dans l’ourlet de notre manteau et se dénudent dans un gosier de gamin et dansent en sautillant dans une bouche humide de fillette …

Ecrit par : doulidelle | 28/01/2010

La poésie est mon essence, certes une respiration, magnifique expression.
MioModus.

Ecrit par : MioModus | 29/01/2010

"Quand nous, les grandes personnes, sommes las de causer, les uns avec les autres"
Merci Tania pour ce magnifique poème dont j'ignorai tout, c'est vraiment très beau.

Ecrit par : racine | 29/01/2010

Je signale "discrètement" que je publie ce jour sur mon blog un nouvel appel et l'histoire des Haïtiens, descendants d'une main d'oeuvre noire que nos ancêtres "exportaient" par bateaux entiers pour faire des survivants une main d'oeuvre bon marché qui produisait ce qui contribua au confort qui est devenu le nôtre maintenant ...

Ecrit par : doulidelle | 29/01/2010

Voilà un recueil que j'ai tellement aimé que j'en ai moi aussi parlé et extrait dix poèmes :
http://lali.toutsimplement.be/index.php?s=po%C3%A8mes+du+pays+des+pralines

Ça fait plaisir de voir que toi aussi tu as apprécié!

Ecrit par : Lali | 30/01/2010

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